L'ivresse de la marche

 
Ecrit par Emmanuelle Revol

Tous ceux qui pensent être marcheurs en passant leurs dimanches dans les bois, ou en sillonnant les GR de France pendant leurs vacances, portent désormais un autre nom : marcheurs épisodiques.
Emeric Fisset donne toutes les ficelles pour devenir un vrai marcheur à pied dans son essai.  Cela peut sembler repoussant au premier abord, or une lecture au calme de ce « petit manifeste en faveur du voyage à pied » peut déclencher un entrain inattendu.

En effet, on ne peut soupçonner que derrière le terme de marche à pied se cache une notion pointue de respect. Le marcheur part nu ou presque. Une carte, un sac à dos, un gourde et  en avant. Le moyen le plus simple et le plus efficace pour entrer en communication avec la faune et la flore.

Devenir l’animal qui dort en nous tout en développement des qualités humaines oubliées qui entraînent la compréhension des populations rurales et la considération des noms géographiques. Marcher c’est encore pousser ses limites jusqu’à l’impensable, en se disant que «  personne ne marche par le seul pouvoir de ses pieds ». Marcher c’est alors, selon l’auteur, devenir le seul artisan de ses découvertes et de son bonheur.

L’Ivresse de la Marche : Petit manifeste en faveur du voyage à pied, Emeric Fisset, Éditions Transboréal , 89 pages

Un bonheur insufflé par le paradoxe de la solitude qui entraîne les rencontres. Ce bonheur donné à l’improviste. Marcher c’est accepter de se faire dépouiller de nos codes sociétaux, de nos repères habituels et donc ouvrir son esprit. C’est aussi se laisser aller à la réflexion, aux flash-back, aux regrets parfois.

Mais attention, l’auteur ne cache pas les côtés sombres de la marche. Renoncement au confort, réponses du corps à trop de sollicitations (sac trop lourd, par exemple), l’humidité, la faim, la soif, la nuit, les préjugés que peut inspirer un marcheur sont tant d’éléments à ne pas omettre. En revanche ils constituent, pour l’auteur toujours, une maigre contrepartie à la liberté.

Emeric Fisset décrit avec beaucoup de sincérité son approche de la marche, au travers de ses nombreuses expériences aux quatre coins du monde et n’hésite pas à nous faire partager ses avis bien tranchés sur les marcheurs d’exploit ou de médiatisation.
Bref, un petit livre qui trouvera sa place dans le sac à dos du marcheur !

L’Ivresse de la Marche : Petit manifeste en faveur du voyage à pied, Emeric Fisset, Éditions Transboréal , 89 pages

 

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