Lisboa: Je te prête mon tram

 
Ecrit par Emmanuelle Revol

Comment imaginer Lisbonne sans ses ‘’elèctricos’’, aujourd’hui symboles incontournables de la ville ?
Ces petits tramways électriques (à ne pas confondre avec le ‘’tram’’ qui est la version moderne des ‘’elèctricos’’) nés au début du XXème siècle constituent un élément important du patrimoine populaire lisboète.

Même si depuis une dizaine d’années, les habitants cèdent petit à petit leur place aux touristes. Car ceux-ci ne se contentent pas d’utiliser les petits tramways rouges qui leur sont spécialement dédiés. Ils aiment à emprunter les wagons  jaunes publics, ceux-là même utiliser par les ancêtres lisboètes. A tel point que les lignes constituent des circuits touristiques et que les terminus sont devenus aussi de grandes  plateformes d’où les visiteurs peinent à s’éloigner. Il faut bien dire que le tramway est un très bon moyen d’appréhender la ville et qu’il est très poignant de voyager à bord d’un engin historique qui permet  de gravir les collines du Chiado et de l’Alfama, en arpentant les rues les plus étroites et tortueuses, ou bien de traverser  le plateau dynamique de la Baixa.

La ligne la plus utilisée reste la ligne 28 qui donne lieu à  la découverte de ces quartiers et qui offre aux visiteurs les éléments les plus remarquable de Lisbonne ;  comme la Sé, la plus importante cathédrale car elle est la plus ancienne, la place du Commerce ou encore la gare du Rossio, un bijou manuélin, c’est-à-dire d’un style typiquement portugais de la fin du XVème siècle. Bref, l’ « elèctrico » ne laisse pas les voyageurs, souvent européens, indifférents, surtout quand il s’agit de pouvoir toucher les murs d’une ruelle en restant assis à bord du wagon.
Quid des lisboètes

Mais alors les lisboètes, dans tout ça ? Eh bien, ils préfèrent aux carrioles bondées leurs quatre vastes lignes de métro, leurs bus un peu lents, le ‘’tram’’ et ne boudent pas la marche. Autrement dit, de manière générale, excepté les grands-mères nostalgiques, les habitants ont cédé leur tramway aux visiteurs.
En revanche, ce changement d’utilisateurs n’est pas sans conséquence, malheureuse, somme toute.

En effet, les pickpockets expérimentés profitent aisément de cette promiscuité pour dépouiller ces explorateurs des temps modernes. Heureusement tout n’est pas perdu pour ces infortunés.  Ils peuvent tout à fait retrouver un bien précieux sur la ‘’Feira da Ladra’’ (littéralement ‘’la foire de la voleuse’’).  Ce marché est  présent tous les mardis et samedis  dans l’Alfama, où les pauvres touristes peuvent …  (r)acheter leur bien.

Cette aventure est en réalité la pire qu’il puisse arriver à un touriste. En effet, les lisboètes ne conservent pas de mépris envers les explorateurs. Seuls le respect et un minimum de discrétion leur sont importants. Ils n’ont donc aucun mal à prêter leur tramway. Peut-être sont-ils même un peu trop prêteurs…