Festival international de géographie de Saint Dié : Le gai savoir

 
Ecrit par Didier Vors

Depuis vingt cinq ans maintenant la géographie possède sa capitale. Elle se situe  au cœur du massif vosgien et se nomme Saint Dié.

Curieux destin pour cette ville, qui vit ses moines apposer sur un planisphère le nom d’ « America » en hommage au navigateur génois Amerigo Vespuggi baptisant ainsi ce nouveau continent plus connu à présent sous le nom d’Amérique. Et qui, plus récemment si l’on peut dire donna naissance à Jules Ferry figure emblématique de la troisième république et  promoteur de l’instruction publique obligatoire. On serait tenté d’y voir un lien certes ténu, mais bien réel entre le chantre de l’école pour tous  et cette immense université populaire éphémère au savoir librement consenti  qu’est devenu le Festival international de Géographie. Un événement atypique (osons le terme mais si celui-ci est galvaudé) et original qui amalgame avec bonheur réflexion scientifique et rendez-vous festifs.

Le défi  de l’accès  du grand public à la culture et à la connaissance et le mélange des publics, cette question récurrente qui taraude bon nombre de responsables culturels, semble avoir trouvé ici à Saint Dié , la réponse adéquate.

Avec ses rues  pavoisées, ses commerces décorés à grand renfort de drapeaux de l’Union Jack et son bus anglais rouge à impériale sillonnant le centre, impossible de passer à côté de     l’événement tant toute la ville semble vivre  à l’unisson du festival.

Géographes de tous les pays rencontrez vous !

Le festival s’organisait  autour d’un thème principal et d’un pays invité « habiter la terre » la thématique  retenue cette année se déclinait en pas moins de quatre vingt conférences telles que « catastrophes de l’habiter à l’abriter » ou encore «  comment habiter le monde sans le rendre inhabitable ? »
Quant au  pays invité d’honneur les îles britanniques en l’occurrence, sa principale composante le Royaume uni faisait il y a peu l’actualité. Jamais il n’a été autant question  de « royaume désuni ». Et cela pas seulement du fait  du récent référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, mais aussi à cause de l’écart grandissant entre le sud de l’Angleterre opulent , incarné par Londres et le nord de l’Angleterre désindustrialisé et en voie de paupérisation. Tel était le thème de la conférence « Territoire, clivages et identités : les enjeux géopolitiques d’un Royaume des(Uni) ».

Impossible d’assister à toutes les causeries, à moins de posséder le don ubiquité, tant l’offre semblait pléthorique et dire que tout cela commençait dès neuf heures du matin !Face à des amphithéâtres bondés, des salles  pleines, les chercheurs par nature isolés dans leurs champs d’investigation, repartent Saint Dié , galvanisés et gonflés à bloc par l’engouement du public, nous dit David Valence ,le Maire, au cour d’un entretien.

Mais loin de se limiter aux seules conférences le Festival international de géographie se déclinait aussi en une multitude d’événements tels que : Le salon du livre axé sur littérature et géographie, le salon de la gastronomie, les démonstrations culinaires , les cafés géographiques (un réseau national d’une vingtaine de lieux  nés comme il se doit à Saint Dié) le salon de la géomatique, que complétaient projections de films documentaires et expositions scientifiques.

Vous avez dit géomatique, geocatching  ?

C’est le propre de ce rendez-vous que de donner à voir ce qui fait l’actualité de la discipline. La géomatique, néologisme crée à partir des mots géographie et informatique regroupe l’ensemble  des méthodes et outils des  NTIC ( nouvelles technologies de l’information et de la communication) qui permettent de recueillir ,de représenter où d’analyser des données géographiques .Quand au géocatching, il s’agit ni plus ni moins du bon vieux jeu de piste d’autrefois auquel on aurait ajouté une chasse au trésor le tout à la sauce numérique. En d’autres termes, on se trouve en présence d’un nouveau loisir qui consiste à utiliser la technique du géo positionnement par satellite , le fameux G.P.S , pour rechercher ou cacher des objets dans différents endroits du monde.

Ce n’est pas le moindre des mérites du festival d’avoir redonné à la géographie, selon Christian Pierret, le président fondateur,  «  l’espace imminent qui lui revient dans l’immense espace des sciences humaines où elle n’est plus l’auxiliaire de l’histoire » Politique, humaine, ou sociale, jamais  la géographie n’a été aussi indispensable à la compréhension du monde actuel.

www.fig.saint-die-des-vosges.fr

Prochaine édition : du 2 au 4 octobre 2015
Thème retenu : Les territoires de l’imaginaire, utopie, représentation et prospective
Pays invité d’honneur : l’Australie

 


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