La poésie du rail de Baptiste Roux

 
Une chronique de Didier Vors

Baptiste Roux aime le train, les trains, et c’est rien de dire que cette passion remonte à sa plus tendre enfance. D’une précocité rare, il raconte que, selon la légende familiale, échappant à l’attention de sa grand-mère, il s’en fut attendre le train assis sur un banc. Ayant manifestement beaucoup utilisé ce moyen de locomotion de par le monde, l’auteur maîtrise son sujet sans s’aventurer dans des voies de garage.

À plusieurs reprises, il souligne combien il y a un “avant” et un “après” l’avènement de la grande vitesse incarnée par le TGV. Celle-ci, insiste l’auteur, a durablement et irrémédiablement transformé le paysage ferroviaire français pas forcément toujours à son avantage. Pour l’auteur, difficile de considérer un déplacement en TGV comme un véritable voyage en train.

C’est la négation pure et simple de toute géographie nationale, et de donner comme exemple un voyage de Lyon à Biarritz qui évite consciencieusement le Massif central. C’est l’uniformisation des paysages qui se déclinent à l’identique, les mêmes zones planes et anonymes qui semblent se répondre de Dunkerque à Bordeaux. L’acte physique du déplacement lui-même disparaît le temps du voyage, qui se résume à des activités professionnelles ou ludiques. Point de passéisme dans ses propos, du genre “c’était mieux avant”, quoique… mais plutôt un constat teinté d’amertume. Sans remettre en cause la sincérité des passionnés des trains d’autrefois, l’auteur souligne combien cette renaissance de lignes sous la forme de trains touristiques ne fait que rappeler la mort du passé.

Bien que le train reste la thématique principale, les aspects abordés dans le livre questionnent l’évolution de notre société à travers le prisme des évolutions technologiques et les choix économiques comme le “tout voiture”. Baptiste Roux sait avec brio trouver les mots justes pour parler du ravissement des voyages en train. En cela, il rend justice aux amateurs passionnés, qui trouveront là l’interprète de leurs émotions restées sans formulation. Oui, le voyage en train peut être empreint de poésie pour peu que ce soit un mode de déplacement délibérément choisi et non subi !

Saluons une fois encore la pertinence du travail de la maison d’édition Transboréal dans le choix de ses thématiques liées au voyage, si bien incarnées par leurs auteurs respectifs.

"La poésie du rail" de Baptiste Roux, Collection Petite Philosophie du Voyage:

http://transboreal.fr